En psychomotricité, un suivi s’étale souvent sur des mois. Entre le bilan psychomoteur initial et le bilan d’évolution, des dizaines de séances passent, et la question revient toujours : où en est ce patient par rapport à ce que vous vous étiez fixé ? Des objectifs thérapeutiques bien formulés, puis suivis de façon régulière, permettent d’y répondre sans relire tout le dossier.
Cet article reprend le fil complet : du bilan au projet thérapeutique, la rédaction des objectifs en psychomotricité, leur suivi en séance, puis leur restitution au médecin, à la famille et à l’école.
Du bilan psychomoteur au projet thérapeutique
Tout commence par la prescription. Le psychomotricien exerce sur prescription médicale : l’article R4332-1 du code de la santé publique, qui reprend le décret de compétence du 6 mai 1988, liste les actes autorisés « sur prescription médicale et après examen neuropsychologique du patient par le médecin » : bilan psychomoteur, éducation précoce et stimulation psychomotrice, rééducation des troubles du développement psychomoteur, contribution par des techniques d’approche corporelle au traitement de certains troubles.
Le bilan psychomoteur croise des épreuves standardisées et l’observation clinique : tonus, motricité globale et fine, schéma corporel, organisation spatio-temporelle, latéralité, graphomotricité, régulation émotionnelle, relation. Sa conclusion ouvre sur le projet thérapeutique : les axes de travail retenus, les moyens envisagés (relaxation, parcours moteurs, jeux rythmiques, médiations corporelles…), le cadre des séances.
Les objectifs thérapeutiques traduisent ce projet en intentions précises. Ce sont eux qui serviront de repère à chaque séance, puis au bilan d’évolution.
Comment rédiger des objectifs en psychomotricité
Distinguer l’axe, l’objectif et le moyen
Trois niveaux se mélangent souvent dans les comptes rendus :
- l’axe de travail : « organisation spatio-temporelle », « régulation tonique » ;
- l’objectif : ce que vous cherchez à obtenir chez ce patient, formulé de façon observable ;
- le moyen : l’activité ou la médiation qui sert l’objectif (un parcours, un jeu de rythme, un temps de relaxation).
« Faire des parcours moteurs » est un moyen, pas un objectif. « Enchaîner un parcours de quatre étapes en respectant l’ordre, sans rappel verbal » en est un : vous pourrez dire, dans trois mois, s’il est atteint.
Formuler de façon observable
Un objectif utile décrit un comportement que vous pouvez constater en séance, dans un contexte donné. Quelques exemples, à adapter à chaque patient :
- Tonus et relaxation : « relâcher les épaules et les bras lors du temps de relaxation, sur consigne, en fin de séance » ;
- Motricité fine et graphomotricité : « tenir le crayon avec une prise tridigitale sur une tâche de dessin de cinq minutes » ;
- Schéma corporel : « nommer et désigner sur lui-même dix parties du corps » ;
- Coordination : « lancer et rattraper un ballon à deux mains, à deux mètres, cinq fois de suite » ;
- Régulation émotionnelle : « repérer et dire qu’il est en colère avant de quitter l’activité ».
La grille SMART (spécifique, mesurable, atteignable, pertinent, temporel) aide à resserrer une formulation trop vague. Elle n’est pas une obligation : certains objectifs, notamment relationnels ou émotionnels, se prêtent mal à la mesure chiffrée, et une formulation qualitative bien observée vaut mieux qu’un chiffre artificiel.
Peu d’objectifs à la fois
Trois ou quatre objectifs actifs suffisent en général. Au-delà, il devient difficile de les travailler réellement en séance et de noter leur évolution. Les autres axes du bilan peuvent attendre qu’un premier objectif soit atteint ou mis de côté.
Pensez aussi à intégrer la demande du patient ou de sa famille. Un objectif qui répond à une difficulté vécue à la maison ou en classe (s’habiller seul le matin, tenir assis pendant un temps de lecture) mobilise plus facilement que la seule conclusion des tests.
Suivre la progression des objectifs, séance après séance
Des constats datés plutôt qu’une impression générale
L’impression « il progresse » ne suffit pas au moment du bilan d’évolution. Ce qui aide, c’est une suite de constats courts et datés : ce que vous avez observé, sur quel objectif, à quelle séance. « A tenu le crayon correctement tout au long du dessin, sans rappel » vaut plus qu’une page de notes générales.
Le bon moment pour le noter, c’est la fin de séance ou le jour même. Quelques lignes suffisent, à condition qu’elles soient rattachées au bon patient et au bon objectif.
Un statut clair pour chaque objectif
Chaque objectif a un état, et il gagne à être écrit : travaillé en ce moment, suspendu (vacances longues, hospitalisation, priorité donnée à un autre axe), atteint, ou abandonné parce qu’il n’était plus pertinent. Garder la trace des objectifs clos, avec leur date, permet de montrer le chemin parcouru, au patient comme à sa famille.
Un objectif atteint n’est pas forcément à clore tout de suite : il est souvent utile de le consolider quelques séances avant de passer à la suite.
Ce que fait Axoli, concrètement
Dans Axoli, l’onglet Objectifs de la fiche patient suit cette logique :
- chaque objectif a un titre et un domaine parmi douze (Moteur, Sensoriel, Émotionnel, Cognitif, Social, Scolaire…), avec un cadre libre par défaut ou la grille SMART si vous la choisissez ;
- la progression est une suite de constats datés (une valeur de 0 à 100 %, une date, une note facultative), qui forment une courbe et un historique ;
- les objectifs sont regroupés par statut : Actif, En pause, Atteint, Abandonné ; atteindre 100 % ne clôt jamais un objectif tout seul, c’est vous qui le marquez atteint ;
- en fin de séance, le champ « Objectifs travaillés » du suivi de séance vous laisse cocher ce qui a été travaillé et noter un constat, daté du jour de la séance même si vous le saisissez le lendemain.
Le contenu du suivi de séance se règle par des modèles de séance, un par prestation : une séance de bilan et une séance de rééducation n’ont pas besoin des mêmes champs. Le détail est sur la page suivi patient et séances.
Préparer le bilan d’évolution et les comptes rendus
Le bilan d’évolution (ou bilan intermédiaire) compare la situation actuelle au bilan initial. Il sert à ajuster le projet thérapeutique, et souvent à appuyer une demande de renouvellement de prescription auprès du médecin. Sa fréquence n’est pas fixée par un texte : elle dépend du projet, de la prescription et de l’évolution du patient.
Si vos objectifs ont été suivis au fil des séances, la préparation se résume à relire, objectif par objectif, les constats notés depuis le dernier bilan. Vous savez ce qui est atteint, ce qui avance, ce qui stagne et doit être reformulé.
Le compte rendu, lui, s’adresse à plusieurs lecteurs :
- le médecin prescripteur, qui a besoin des conclusions et des propositions ;
- la famille, qui attend des repères concrets sur ce qui a changé au quotidien ;
- l’école, par l’intermédiaire de l’enseignant ou de l’enseignant référent, quand les parents le souhaitent ;
- la MDPH, quand le bilan appuie une demande de compensation.
Dans Axoli, l’entourage de l’enfant (parents, médecin prescripteur, enseignant référent, AESH…) est rattaché à son dossier, et le compte rendu que vous avez rédigé se range dans l’onglet Documents avec le type « Bilan ». Il peut ensuite être transmis au patient ou à un contact lié par un lien sécurisé, ouvert avec un code reçu par email.
Le cadre du suivi psychomoteur en libéral
Quelques repères, utiles pour expliquer le cadre aux familles dès le premier rendez-vous :
- Prescription médicale : bilan et séances se font sur prescription, comme le prévoit l’article R4332-1 cité plus haut.
- Pas de remboursement par l’Assurance maladie en libéral : la Fédération française des psychomotriciens rappelle que les soins psychomoteurs ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale, avec d’éventuels financements au cas par cas sur demande à la CPAM. Certaines complémentaires santé participent, selon leurs contrats.
- MDPH : lorsque la situation relève du handicap, l’AEEH ou la PCH peuvent contribuer au financement des séances. Votre bilan fait souvent partie du dossier.
- Forfait d’intervention précoce : pour les enfants de 0 à 12 ans présentant des signes de troubles du neurodéveloppement, les plateformes de coordination et d’orientation (PCO TND) peuvent financer un bilan et des séances chez un psychomotricien libéral qui a signé un contrat avec la plateforme, sans frais pour la famille. Le parcours est prescrit par un médecin ; les conditions sont détaillées sur Mon Parcours Handicap.
Pour les suivis réguliers, souvent calés sur le rythme scolaire, une série de rendez-vous qui exclut les vacances scolaires évite de replanifier chaque créneau, et des rappels envoyés aux parents limitent les séances manquées. Sur ce dernier point, voir aussi comment réduire les rendez-vous manqués.
Questions fréquentes
Faut-il une prescription médicale pour un bilan psychomoteur ?
Oui. L’article R4332-1 du code de la santé publique prévoit que le psychomotricien réalise ses actes, dont le bilan psychomoteur, sur prescription médicale et après examen neuropsychologique du patient par le médecin.
Combien d’objectifs thérapeutiques fixer pour un patient ?
Il n’y a pas de règle officielle. En pratique, trois ou quatre objectifs actifs permettent de les travailler réellement en séance et d’en suivre l’évolution. Les autres axes du bilan peuvent être repris plus tard.
Quelle différence entre un objectif et un moyen thérapeutique ?
L’objectif décrit ce que vous cherchez à obtenir chez le patient (« tenir le crayon avec une prise tridigitale »). Le moyen est l’activité qui y contribue (jeux de pince, activités de motricité fine, graphisme). Le même moyen peut servir plusieurs objectifs.
À quelle fréquence faire un bilan d’évolution ?
Aucun texte ne fixe de délai. Le bilan d’évolution se programme selon le projet thérapeutique, la durée de la prescription et l’évolution du patient, souvent au bout de quelques mois de suivi ou avant une demande de renouvellement.
Les séances de psychomotricité sont-elles remboursées ?
Pas par l’Assurance maladie en libéral. Des financements existent selon la situation : complémentaire santé, AEEH ou PCH attribuées par la MDPH, forfait d’intervention précoce via une PCO TND pour les enfants de 0 à 12 ans.
Pour voir comment Axoli réunit objectifs, suivi de séance, entourage et documents dans un même dossier, consultez la page Axoli pour les psychomotriciens.